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.:. Chapitre I .:.

.:. Chapitre I .:.
BARCELONA
157 km


<<__ Le panneau défile devant mes yeux dépourvus de toute chaleur. Ils l'auront fait, finalement. Ils auront réussi. Ils m'auront bel et bien tirée de force dans cette fichue voiture pour m'emmener dans ce fichu pays. J'ai renoncé à protester quand mon père à pris l'autoroute à Berlin. C'était trop tard.

J'ai horreur des voyages. Parce qu'on doit tout laisser derrière soi sans un seul regard en arrière. Tu laisses des personnes aussi. Personnellement, je n'ai pas vraiment « abandonné » quelqu'un. A part peut-être mon cheval ... Je crois que c'est le seul véritable ami qu'il me reste. Mes parents me rabâchent à longueur de journée que c'est à cause de mon mutisme perpétuel. Je n'y peux rien. C'est comme ça. C'est mon caractère. Je n'aime pas aller vers les autres. Et les autres ne viennent pas vers moi. T'en pis. Je ne recherche la présence de personne, après tout. Et à bien y réfléchir, je n'apprécie pas grand chose. J'aime mon cheval, la musique et l'Amérique. Oui, l'Amérique. Pourquoi ce pays là et pas un autre, hein ? Bah parce que c'est comme ça. L'Amérique, c'est mon enfance. L'Amérique c'est le western, les cow-boy et tout ça. L'Amérique, c'est Lui. Lui. Mon passé, mon présent, et mon futur ... C'est une longue, une tragique, et une douloureuse histoire ... Une histoire dans laquelle personne ne connaît mon point de vue. Et je ne suis pas sûre de me dévoiler un jour. Ce n'est pas dans ma nature, je vous l'ai déjà dit ... Je ne suis pas restée en Amérique. J'aime ce pays, mais il reste tout de même un passé encore trop présent pour que je puisse me construire un avenir. Il coule encore trop dans mes veines, et ravage encore ma tête de souvenirs. Alors je m'éloigne.

Nous nous sommes exilés en Allemagne, mes parents et moi... C'était à l'autre bout du monde. C'était ce qui nous fallait. Papa avait retrouvé du travail chez Mercedes. Il gagne maintenant notre vie à tous les trois bien mieux qu'avant. Mais les plaines me manquent... Et j'y peux rien.

Certains peuvent croire que je fuis. Mais ne me jugez pas, vous qui ne connaissez même pas mon prénom ! Vous auriez sûrement fait pareil. C'est vraiment intéressant d'observer la nature humaine, quelques fois ! Par exemple ; on confronte plusieurs personnes différentes à la même situation. Je parle de quelque chose de grave, bien sûr. Je mettrai ma main au feu que 80 % de ces personnes agiraient de la même façon : la fuite. C'est drôle...

Mais cela n'empêche que je me retrouve avec mes parents, en Espagne qui plus est, prête à passer deux abominables et interminables mois de vacances.

Soupir.

Vous me plaigniez, hein ? Avouez. Remarquez, moi aussi je me plains. Pis j'ai quand même le droit d'en avoir marre après 23 heures de route, nan ? Bon !

_ Ma puce ?

Pas envie de répondre ...

_ Ma chérie ??

Attendez, attendez ... Non, toujours pas envie.

_ Albane !
_ Quoi ?
_ Enfin ! Est-ce que tu vas bien ? Tu ne parles plus depuis qu'on a dépassé Pau !
_ Je vais bien, maman.


Elle se tait. Elle sait que je n'en dirais pas plus. Elle me connaît trop bien. La pauvre ! Elle doit se sentir seule parfois, à la maison, quand papa n'est pas là. Vu que je ne sors pratiquement jamais de mon « mutisme ».

_ Paul mon chéri, tu as vu cette voiture ?
_ Oui. Elle est belle, hein ?
_ Oui !


Mon père est un peu moins persévérant. Il me parle, je lui répond, point. Je l'aime, mon papa. Il est parfait. Ah ! Je dois l'ajouter à la liste des choses que j'apprécie ! C'est lui qui a choisi mon prénom. Ca n'a pas été facile tous les jours de m'appeler Albane, mais je suis fière de cette petite difficulté. C'est ma fierté. C'est mon prénom.

_ Albane ?
_ Oui papa ?
_ Je suppose que tu ne feras pas les activités auxquelles ta mère et moi participerons ?


Mon père suppose très bien !

_ Non.
_ Bon. Je m'en doutais. C'est pas grave. Je ne me fais pas trop de soucis pour toi, ma puce. Tu trouveras toujours quelque chose à faire. Tu as emmené ta guitare ?
_ Oui.
_ C'est une bonne chose ! Tu t'entraîneras dur, j'en suis persuadé.


Je lui sourie faiblement. Il paraît content. Alors ça va. Mes parents sont habitués à mon manque de conversation. Alors ils n'insistent plus. Mes sourires sont rares et sacrés. Ils savent se contenter de peu avec moi. Ils me respectent, je n'ai pas besoin de plus.

_ Ma chérie ? Je voulais savoir si tu es sûre de ne pas vouloir la guitare de l'autre jour. Tu sais ! Celle de la boutique de Hambourg !

Je lui fait signe que non. Il a l'air déçu. Depuis que je suis toute petite, je n'accepte pas les cadeaux. Je n'aime pas être gâtée. Les seules choses que mes parents ont le droit de m'offrir sont mes fringues et ma nourriture. J'aime pas quand on m'offre des choses, parce qu'après je me sens redevable. Et j'ai horreur de ça. J'aime pas dépendre des autres. Je veux garder ma liberté à tout prix. Je mourrais libre et fière. Telle est ma devise.

_ Non, papa. Ca ira. __>>


J'ai vraiment très peur que vous soyez déçues ... Alors ?
Nanou.

# Posté le samedi 05 juillet 2008 16:02

Modifié le samedi 20 septembre 2008 13:18

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