.:. Chapitre IV .:.

.:. Chapitre IV .:.
<<__ D'accord. Alors ce sera notre petit secret. Ok ?

Je le regarde, étonnée. Puis un clin d'½il de sa part me fait sourire.

_ Mais... Aurais-je l'honneur de t'entendre, un jour ?

Mon sourire s'affaisse doucement, et mon regard se perd dans l'immensité du ciel. Je sens alors quelque chose se poser doucement sur mon bras. Je regarde, et trouve sa main. Il me fixe doucement. Son regard chocolat me fais penser à celui d'Antoine. Il arbore la même expression que lui, dans les moments ou ça n'allait pas. Je suis surprise par la nostalgie qui s'empare de moi, après un seul regard, après un seul souvenir... Encore et toujours des souvenirs.

Ils me submergent. Ils sont plus forts que moi. Bien plus forts. Je ne résiste plus, parce que j'y arrive pas. Il suffit que j'aperçoive un seul petit signe qui me fait penser à avant, et ça arrive dans ma tête pour ne plus en ressortir qu'après m'avoir blessée bien profondément. Ca me bouleverse et m'attriste. Après les flash-back les plus dures, les plus forts, je n'ai plus envie de rien, en général. Je me couche sur mon lit, et je ne bouge plus jusqu'à ce que le sommeil s'empare de moi, fatiguée à force d'espérer comme une folle qu'un jour tout sera comme avant, qu'il y aura de nouveau une personne comme Lui qui écoutera mon charabia jusque tard dans la nuit et qui subira tous mes caprices sans broncher, toujours derrière moi à me soutenir n'importe quand et à me rattraper quand je tomberai de fatigue et d'agacement puis qui me relèvera en me disant que j'ai bien mieux à faire que de m'apitoyer sur mon propre sort...

Ca me fait sourire, parce que je viens de donner exactement la description d'Antoine...

_ Tu pleures ?

J'avais les yeux fermés et incliné la tête vers le ciel azur. Je la rabaisse doucement au niveau de celle du blond, et le regarde dans les yeux en souriant. Une petite goutte salée meure alors sur mes lèvres. Je prends mon stylo et écrit sur mon avant-bras : « Non, je ne pleure pas. Je vais te laisser. Merci de ne pas avoir cherché à comprendre... J'avais vraiment pas besoin de ça. Merci. »

Puis je m'éloigne lentement. Je ne sais pas pourquoi, mais ce garçon m'a fait du bien. Il a réussi à me démontrer qu'on pouvait encore éprouver autre chose que du dégoût ou de l'indifférence envers moi... C'était important.

Je me dirige de nouveau vers la boutique, car j'ai toujours besoin d'aller aux toilettes. Mais à mi-chemin, je ne sais pas pourquoi, j'ai la subite envie de me retourner, pour voir son visage encore une fois, et imprégner ses doux traits au fond de ma mémoire. Alors je me retourne. A mon grand étonnement, il n'a pas bougé. Il me regarde partir. Je lis sur son visage qu'il est étonné et intrigué. J'aime donner ces sentiments aux gens. Je trouve ça drôle.

Soudain, je ne comprends pas pourquoi, je me mets à marcher rapidement vers lui. Je cours presque. Oui, c'est ça, je cours. J'arrive rapidement à ses côtés. Je le regarde rapidement dans les yeux. Ce que je veux faire, il faut que je le fasse très vite ! Je prends sa main à toute vitesse, lui sourie vite fait, et griffonne quelque chose sur la paume de sa main. Je range le plus vite possible mon stylo dans la poche arrière-droite de mon baggy-bermuda, me mets sur la pointe des pieds, et lui colle un léger baiser sur la joue. Puis je fuie, rien que pour changer un peu...

Je rentre dans la petite boutique, et fonce vers les toilettes. J'intercepte la porte avant qu'elle ne se referme sur la cliente qui est en train de sortir. J'entre et fonce dans une cabine libre.

Une fois soulagée, je sors pour me laver les mains. En même temps, je regarde mon visage dans la grande glace qui se dresse devant moi. Je ne me trouve pas belle. Je suis juste lamentablement normale. Mon style est simple. Mes cheveux bruns foncés m'arrivent en dessous des épaules. Ils sont légèrement ébouriffés sur le dessus à cause de ma course d'avant. Mes yeux sortent du lot. J'ai de grands yeux verts en amande. Ca vient du côté de mon père. Je crois bien que c'est ce que je déteste le moins, chez moi. Mais moi après tout, je reste naturelle. J'ai jamais eu besoin de maquillage où de bijoux. J'ai jamais cherché à rentrer dans les bandes de pouf-pouf girls. Et ça me va encore aujourd'hui. J'ai toujours été seule sur les bancs de mes différentes écoles. Jamais quelqu'un n'est venu vers moi, ou ne m'a aidé pour un exercice. Non, après Antoine, je n'ai plus eu d'amis. Et maintenant que j'y pense, j'ai peur. J'ai peur d'avoir des amis. J'ai peur de trahir Antoine. J'ai peur de le remplacer... De l'oublier...

_ Albane ?

Je sursaute. Ma mère m'a sortie de mes sombres pensées. Merci maman. Elle rentre un peu plus dans la pièce.

_ Oui ?
_ Hum... On a un... Comment dire... Un petit soucis avec la voiture...
_ Ah bon ?
_ Oui... En essayant de se garer, Papa a tapé contre le trottoir. L'enjoliveur est tordu, et le pneu est complètement déchiré...
_ Oh...
_ Ton père essaye depuis toute à l'heure d'appeler un garagiste ou quelque chose, mais comme nous avons déjà passé la frontière, je doute que l'on trouve quelqu'un...
_ Mais Papa peut remplacer la roue, non ?
_ Bien sûr, mais il va lui falloir au moins une bonne demi-heure. Avec un professionnel, ce serait l'histoire de dix minutes seulement.
_ Eh bien t'en pis, on attendra, alors.
_ Bon. C'était pour te prévenir.


J'hoche la tête, et suis ma mère jusqu'à la voiture. Je vois mon père déjà en train de s'afférer sur la roue endommagée. Il transpire à grosses gouttes et son visage se retrouve entièrement rouge, dû à l'effort. Je sourie en le voyant. Il est vraiment doux et gentil, mais quand il bricole, il s'énerve pour un rien. Et quand je le surprend dans notre garage en train de s'énerver sur une vis en la traitant de tous les noms d'oiseaux existant car elle ne veut pas rentrer dans son trou, je ne peux à chaque fois m'empêcher de rire, le comique de la scène étant trop intense.

Décidée à attendre le temps qu'il faudra, je m'assoie derrière la voiture sur le trottoir, et j'observe. J'observe les voitures, les gens. Et j'imagine. J'imagine la vie de chacun. Où ils vont. Que font-ils dans la vie. Ont-ils des animaux ou des enfants.

Puis j'ai envie de jouer de la guitare. Heureusement pour elle, je l'ai posée sur la banquette arrière à côté de moi. Je me lève et m'avance vers la portière. Je préviens mon père, qu'il fasse attention au cas où la voiture s'affaisserait. J'attrape le bout de la housse quand... _>>

Pfiiou... Voilà le fameux chapitre IV. Il était prêt depuis longtemps, mais j'avais un mode de fonctionnement qui ne m'autorisait pas à le poster... Mais je l'ai un peu modifié, ce mode, ne vous inquiétez pas ! x) Bon, vos avis ? Minimum un commentaire par lecteur... LoL. B'sOus ! =)
Nanou.

# Posté le jeudi 23 octobre 2008 11:50

Modifié le vendredi 30 janvier 2009 17:30



Cet article pour mon merveilleux grand-père, qui s'en est allé ce soir.
Papi, t'as mérité ta place au paradis. T'as intérêt à être heureux, sinon j'viens et j'te tape sur les doigts ! ;')

24 / 1o / 2oo8 < / 3

# Posté le vendredi 24 octobre 2008 15:36

.:. Chapitre V .:.

.:. Chapitre V .:.


PDV Gustav

<<__ Je la vit faire demi-tour. Elle se ré-approcha de moi. Et je crois que ce qu'elle a fait ensuite n'a pas duré plus de cinq secondes. Elle prit ma main et inscrivit quelque chose à l'intérieur, puis elle m'embrassa doucement la joue, avant de filer à vive allure vers la boutique. J'eus un moment d'absence. Cette fille était bizarre. Elle m'intriguait. C'était la seule personne à travers qui je n'arrivais pas à lire. Je ressentais juste de la tristesse. Beaucoup de tristesse. Elle devait porter quelque chose de très lourd... Et le fait qu'elle ne parlait pas alors qu'elle n'avait pas l'air muette ou malade m'intriguait encore plus... Tout devait être lié.

Je ne lui ai pas posé de questions, parce qu'à sa place je n'aurais pas répondu. Alors je ne voyais pas pourquoi elle l'aurait fait ...

Je sortis de ma torpeur quand quelqu'un me frappa dans le dos.

_ Hey Gus' ! T'as pas l'air en forme, vieux ! Ca va comme tu veux ?
_ Oui, Georg. Ca va.
_ Ok ok. Dis, j't'ai vu avec une jolie p'tite minette y a pas cinq minutes ! Alors ? T'as enfin décidé de te faire dépuceler ??
_ Non, Georg. Ce n'est qu'une amie.
_ Ooooh... Je voie. Monsieur veut jouer les discrets ! T'en pis ! Si moi je la revoie, je fonce !
_ C'est ça, Georg. Fonce. Mais j'ai des doutes sur ta réussite, je te le dis d'avance.
_ Hum... Une vierge effarouchée, c'est ça ?
_ Je sais pas.
_ Sache, mon ami, qu'aucune fille ne résiste à Georg Listing. Aucune.
_ Si tu l'dis, Geo'. Si tu l'dis...


Il m'énervait gentiment. Alors je préférai m'éloigner avant de commencer à devenir méchant. Je ramassai ma gourmette et retournai vers le bus. Et c'est là que je réalisai que je n'avais toujours pas lu ce que la jeune fille de tout à l'heure avait écrit sur ma paume...

Je m'arrêtai et ouvrai délicatement ma paume, et vis avec étonnement ce qu'il y était inscrit :

« Albane
06 ** ** ** **
»

Ca m'acheva. Son numéro. Son prénom. Bon sang, mais qui était-elle ? Qu'est-ce qui lui était arrivé ? Pourquoi était-elle comme ça ?

Tout se bousculait dans ma tête. Des questions. Beaucoup de questions. C'était la première fois que je rencontrais quelqu'un d'aussi étrange et mystérieux. D'habitude, je décryptais de suite la nature des gens. Mais là...

Mon Dieu que c'était oppressant.

Je décidai de rentrer le numéro dans mon répertoire. Pour être franc, je ne savais pas si je m'en servirais. Je n'savais même pas si je me souviendrais qu'il était là, dans mon portable. Mais peut-être que ce sentiment, nouveau pour moi, survivra. Peut-être qu'il me poussera à regarder à nouveau les chiffres, et relire encore une fois son prénom, puis d'appuyer sur la touche au téléphone vert de mon portable. Peut-être...

Ca me fit sourire. Je me retournai alors et regardai notre bus. Les jumeaux étaient restés à l'intérieur. Ils avaient dit qu'ils ne voulaient pas se faire agresser par toutes ces filles qui n'en veulent qu'à leur corps. Ca m'avait bien fait rire, parce qu'il fallait dire ce qui était : ils le faisaient exprès, et même que ça leur plaisait (bien évidemment quand les fans restaient corrects...). Je crois qu'ils avaient finalement attrapé la grosse tête...

Georg, après être venu me parler, était allé dans la boutique. Je regardai dans cette direction, et le vis en train de galérer avec la caissière. Finalement, il sortit avec un paquet de MNM's dans les mains. Il s'approcha de moi, et soupira.

_ J'lui ai d'mandé son nom, mais je crois qu'elle n'a pas très bien compris...

Face à sa mine dépitée, je ne pus me retenir de rire. Il me regarda interdit pendant quelques secondes, puis un grand sourire vint fendre son visage. Je lui demandai ironiquement :

_ Alors ta théorie comme quoi tu es LE tombeur de ces dames tient toujours ?
_ Mmmh... Oui !


J'éclatai de rire.

_ Ca reste toujours à vérifier alors.
_ Quand tu veux !

On commença alors à se diriger vers le bus, en parlant comme les bons vieux potes que nous étions. On arriva à la porte, restée ouverte. Georg s'en alla à l'étage, sûrement pour manger ses MNM's tranquillement. Tom était au téléphone et Bill se refaisait les ongles. Je me dirigeai dans un coin isolé du bus, situé juste à côté d'une fenêtre. J'avais besoin de réfléchir, alors je m'isolais.

J'étais tellement perdu dans mes pensées que je n'entendis pas Saki remonter dans le bus et annoncer que le chauffeur était prêt à partir. Il décida de nous annoncer le programme avant que le bus ne démarra.

_ Bon les gars, voilà comment qu'ça va s'passer : on va arriver dans à peu près 1h30. David vous a choisi un p'tit village de vacances à l'écart de la ville pour ne pas que vous soyez embêtés par les hystériques.

Bill commença à râler. Je souris. Nous ne disions plus « groupies », mais « hystériques » depuis que Tom avait failli se faire couper l'une de ses « dreads-chéries » et que Bill s'était fait projeté assez violemment sur une rambarde car une groupie avait décidé de l'enlacer. Il n'avait du son salut qu'à Saki, qui s'était précipité vers lui pour le secourir. Depuis ce temps là, Bill les avait rebaptisées « hystériques », et tout le monde avait adopté.

Saki n'avait pas fini, mais s'était gentiment laissé coupé par Bill. Quand ce-dernier eut fini ses sarcasmes, il continua.

_ Vous vous installerez tous les quatre dans la même maison. Vous pourrez... Oui Bill, ne t'inquiète pas, il s'est arrangé pour que vous ayez la plus grande.

J'entendis un soupir de soulagement. J'aurais pu parier qu'il aurait au moins une réaction comme ça au moins une fois dans le monologue de notre garde du corps. C'était obligé. Je souris une nouvelle fois.

_ Donc je disais... Ah oui ! Vous pourrez vous installer de suite, et ce serait même préférable. Tobi, Brauni et moi, on sera logé juste à côté. S'il y a un problème, n'hésitez surtout pas à venir. Bon, une fois installés et tout ce qui s'en suit, vous pourrez avoir quartier libre dans le camp, mais dans le camp seulement ! Si vous voulez aller dans Barcelone même, il faudra nous prévenir, et nous organiserons votre sécurité personnelle. Mais n'oubliez pas que n'importe où, dans n'importe quel endroit, vous devrez rester discrets. Me suis-je bien fait comprendre ?


Tom accepta d'un geste nonchalant des épaules, tandis que son frère se contenta d'un « Oui Maman » sarcastique. Georg hocha la tête, car sa bouche était encore pleine d'MNM's. Moi, je restai le plus sérieux des quatre et acquiesçai poliment.

_ Bien.

Il retourna vers Marküs, le chauffeur, seulement à moitié rassuré. Je devinai que, comme d'habitude, ce serait encore moi qui devrais jouer le « responsable »... Bah, ce n'serait pas la première fois... Je m'inquiétai pas. Pis les trois gamins qui m'servaient de « collègues » savaient que quand je m'énervais, ça faisait très mal... Il ne se risqueraient pas à me contrarier.

Saki revint après avoir mis au point quelques formalités avec le chauffeur.

_ Bon les gars, c'est partit ; on démarre.

Tout le monde avait entendu, mais personne n'avait vraiment fait attention.

Marküs man½uvra avec le bus, et on se retrouva sur la route pour sortir de la station. On était tous tranquillement installés, Saki à côté du conducteur, lui faisant la conversation. Mais soudain, il s'écria :

_ MARKÜS ! ATTENTION ! __>>



PDV Albane

<<__ J'attrape le bout de la housse quand ...

J'aperçus au loin une toute petite chose essayant de traverser la route de sortie de l'air d'autoroute. La petite chose boitait. Elle avançait vraiment lentement, et je devinai qu'elle souffrait. Elle avait l'air blessée.

Alors doucement, je reposai ma guitare dans la voiture, mon père trop occupé à insulter le pneu pour remarquer quoi que ce soit. Ma mère était au téléphone. T'en pis, je ne prévins personne, et m'approchai.

Oui mais voilà ; la petite chose était en fait un chien... Non, un chiot. Un tout petit chiot, qui se traînait vraiment très durement, laissant quelques gouttes de sang ça et là, sur le bitume noir et puant. Avant même que je ne décidai quoi que ce soit, mes jambes accélérèrent. Je marchai à présent avec un rythme soutenu. Plus je le voyais avancer, jouant sa dernière carte pour sauver sa vie, décidant de s'accrocher jusqu'à la fin, plus mes pas s'enchainaient de plus en plus vite. J'enjambai les trottoirs, et survolai les quelques murets placés à côté de la route. J'y était presque.

Mais quand je vis le gros bus noir approcher, prenant de plus en plus de vitesse pour pouvoir se lancer sur l'autoroute, je ne marchais plus ; je volais.

Sans savoir pourquoi, une bouffée d'angoisse m'avait sauté à la gorge et s'entêtait à nouer mes entrailles.

L'animal, ayant entendu le bus, se démenait pour aller ne serait-ce qu'un peu plus vite. Il la voulait, sa chance de vivre. Il la désirait si fort...

Et moi qui ne demandai qu'à lui la donner...

Je sautai le dernier muret et atterris sur la route. Le bus ne s'était pas arrêté. Peut-être le chauffeur n'avait-t-il pas vu la pauvre petite bête ? Et s'il l'avait vu ? S'était-il dit que c'était désormais trop tard pour elle ? Mais pouvait-on être à ce point cruel ? Peut-être.

Le bus n'était plus qu'à dix mètres du chiot qui jappait de peur et de douleur. Mon c½ur se serra, et dans un ultime effort, je me déployais. La détente de mes jambes fut si puissante que j'atterris juste devant le chiot. Aussi vite que je le put, je le pris dans mes bras frêles et égratignés. Je le serrai dans mes bras. Mais dans cette ultime effort, j'avais perdu l'équilibre et lamentablement chuté au beau milieu de la route. Mon dernier réflexe fut d'enserrer le chien de mes bras et lui offrir une sécurité supplémentaire en me recroquevillant sur moi-même et en tournant le dos au mastodonte de fer. Et c'est ainsi que j'attendis le choc fatal du 25 tonnes qui devait me percuter d'ici quelques secondes... __>>



Alors ? =D


.__J O Y E U X
N O E L
<3'__.


PeeX'
Nanou.

# Posté le mercredi 24 décembre 2008 08:28

.:. Chapitre VI .:.

.:. Chapitre VI .:.


<<__Et c'est ainsi que j'attendis le choc fatal du 25 tonnes qui devait me percuter d'ici quelques secondes...

Mais il ne vînt pas.

A la place, j'entends dans mon dos un crissement de pneu atroce. Le bus aura peut-être le temps de me laisser jouer ma dernière carte...

Le chien gémit et tremble tout contre moi. Je le serre encore un peu plus fort dans mes bras, espérant de tout c½ur que par se geste, je le rassure au moins un peu... J'ai mal partout, mais j'ignore. Je suis en train de revivre une scène plutôt pénible... Il est mort renversé par une voiture... Et j'étais pas là.

Je crois que les larmes coulent à présent sur mes joues. Je suis vraiment très mal. Je suis en train de vivre LA scène où j'aurais tellement voulu être, LE moment que j'ai voulu à tout prix empêcher. Une scène tragique où Il a été l'acteur principal.

Le crissement s'atténue de plus en plus, pour finir par s'arrêter définitivement. Ainsi n'était pas encore venue mon heure...

J'ai inconsciemment fermé les yeux, et je ne suis pas encore décidée à les ouvrir. J'étais en état de choc, et il me fallait quelques secondes pour réfléchir...

Mais c'est alors que j'entends la porte du car s'ouvrir.

Des bruits de pas. Précipités. Des cris. De la panique. J'entends ma mère. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'elle dit. J'entends les mots, mais je ne les interprète plus... Je crois que mon père est du cortège, car il me semble distinguer sa voix. D'autres pas. Ce n'est plus ceux de mes parents. Ils ne sont pas encore aussi proches. Non, ceux-là viennent de derrière mon dos. Quelqu'un cours. Quelqu'un se rapproche. Quelqu'un s'agenouille. Je ne sais pas qui c'est, je garde mes yeux obstinément fermés. La personne me retourne avec précautions, et me pose deux doigts sur la jugulaire. Apparemment soulagée, elle soupire. Je sens qu'on soulève ma tête et qu'on me la pose sur quelque chose de plus confortable que le macadam puant.

Mais c'est quand on essaye d'enlever de mes bras le chiot tremblant pour qui j'ai risqué ma vie que je réagis. Je le serre plus fortement mon étreinte. Sans le vouloir, mes larmes continuent de couler. Plus fort encore. J'ai mal, tout au fond de moi.

J'ai failli hurler. Failli.

Je suis prise d'un violent hoquet, et j'ouvre brusquement les yeux. Je cherche de l'air. Je n'arrive plus à respirer. Je suis en pleine crise d'angoisse. Il faut que je me calme à tout prix, sinon ça risque de très mal finir...

P.D.V. Omniscient

Albane hoquette à n'en plus finir. Elle roule des yeux fous dans ses orbites. L'air lui manque, ça devient une urgence. Le garçon qui s'est précipité sur elle est fortement inquiété. Il ne cesse de dire qu'il est désolé, que tout va bien, que le chiot est à côté d'elle, que ça ira. Mais rien ne change. La jeune fille a le teint de plus en plus pâle et livide. Si elle ne respire pas bientôt, elle va mourir... Il l'a bien compris, ça. Il panique de plus en plus. Il tremble. Les essais de respiration d'Albane sont de plus en plus faibles. Bientôt, elle n'aura même plus la force d'essayer d'ouvrir la bouche. Le garçon blond lui prends la main, et lui chuchote sans arrêt des mots sensés être apaisants. Il a les larmes aux yeux, et le c½ur au bord du gouffre... Il se dit que si jamais elle lui meure dans les bras, plus jamais, non, plus jamais, il ne sera le même. Le chiot se redresse et étend maladroitement son museau humide et sale vers le visage de la jeune fille. Il se met à lécher le bout du nez d'Albane, puis descend vers sa bouche. Puis il se remet debout du mieux qu'il la peut, la couvant d'un regard inquiet et bienfaiteur. Le teint de l'accidentée et de plus en plus pâle.

Alors dans un réflexe inattendu, le garçon l'embrasse. Il l'embrasse. Il ferme les yeux, et l'embrasse doucement. Il lui communique tout ce qu'il peut par ce baiser. Albane ouvre grand les yeux. Jamais, non jamais, on ne l'avait embrassée. C'était son premier baiser. Son tout premier. Alors elle ferma les yeux, et lui rendit son baiser.

Puis les hoquets cessèrent, enfin...

Le silence règne sur cette étendue de béton servant de route. Les gens autour de cette dernière regardent cette scène qui s'offrait à eux avec émotion. Ils ont tous l'impression de retomber dans leurs folles années, à l'époque où c'était eux qui étudiaient Roméo et Juliette, de ce fameux Shakespeare. Sauf qu'aujourd'hui, c'est une sorte d'adaptation à l'½uvre réelle.

Quand les lèvres des deux adolescents se séparent, le même silence est maître. Albane rouvrit les yeux un tout petit peu après son sauveur. Son souffle était redevenu régulier, mais les larmes silencieuses sillonnaient encore ses joues.

Le garçon se releva doucement et lui tendit la main.

_ Viens.

Elle la saisit et se releva. Il la maintint fermement contre lui. Autour d'eux, les gens se remettent en action. Tandis que certains sont allés chercher des couvertures et autres accessoires qu'ils jugeaient utiles, d'autre s'approchent... Parmi eux, les parents d'Albane.

Le garçon aux cheveux blonds lui demanda doucement en ne faisant pas attention à l'effervescence des gens autour d'eux.

_ Tu peux marcher ?

Mais alors qu'il ne s'attendait vraiment à aucune réponse annoncée avec un son, une voix résonne dans sa tête.

_ On verra bien.

De stupeur, il faillit relâcher Albane, qu'il soutenait de son bras gauche.

_ Tu... Tu as dit quelque chose ..?!

La jeune fille se retourne vers lui et le regarde dans les yeux. L'échange s'interrompt par une personne qui s'était approchée. Un homme.

_ Non, jeune homme, ma fille ne parle pas.
_ Mais je... Je suis pratiquement certain de l'avoir entendue !
_ Vous avez dû rêver. Ma fille ne parle pas, répète-t-il, Pardonnez-moi, mais j'aimerais la récupérer.
_ B... Bien sûr.


Il desserre son étreinte, et s'apprête à ce qu'Albane rejoigne son géniteur, mais au moment où ce-dernier commence à l'épauler, elle regarde désespérément dans sa direction. Dans ses yeux, il pouvait lire beaucoup de choses confuses. Il n'arrivait pas à faire le tri, quand...

_ Reste encore un peu, par pitié.

La voix résonna encore dans sa tête. Elle était comme... irréelle, sortie tout droit d'un de ses rêves d'enfants, où les elfes et les dragons étaient encore les maîtres du jeu... Douce et terriblement attirante, il se laisse entraîner... Ses lèvres ont bougé toutes seules pour dire à l'homme qui se trouve en face de lui :

_ J... J'ai tout ce qu'il faut dans le bus ! J'ai une trousse de secours. Peut-être s'est-elle fait mal ! Je vous en prie, suivez-moi !

L'homme a semblé réfléchir, puis il a questionné son enfant :

_ As-tu mal quelque part ? As-tu besoin de quelque chose ?

P.D.V d'Albane

Il... Il a lu dans mes pensées ? Il m'a entendu ? Mais est-que là maintenant, il m'entend ? C'est bizarre ! Il me semble qu'après notre baiser, notre connexion était si forte que... Mais combien de temps tout ça va durer ? J'ai peur.

_ Albane ?

Hein ? Papa ? Qu'est-ce qu'il me veut déjà ? Je le regarde d'un air interrogatif.

_ As-tu mal ? réitère-t-il sa question. Veux-tu aller voir un médecin ou quelque chose d'autre ?

Je ne sais pas. Ce « Gustav » m'a si bien épaulé que je ne sens plus rien... Le baiser y est-il aussi pour quelque chose ? Et puis pourquoi l'ai-je littéralement supplié de me garder avec lui ? Dieu sait que ce n'est pas du tout mon genre !

Alors je réponds par la négative avec un mouvement de tête.

_ Bon. Alors merci pour votre aide Monsieur...
_ Gustav. Juste Gustav.
_ Bien alors merci pour tout. Je...


Le temps qu'ils discutent j'ai essayé de me porter vers l'avant, pour rejoindre ma mère qui s'est évanouie entre temps, mais ma cheville ne m'a pas supporté et je me suis écroulée. Heureusement, les réflexes de Gustav sont bien plus prompts que ceux de mon père et il m'a rattrapé à temps.

Je suis donc affalée dans ses bras quand il me murmure à l'oreille :

_ Ca fait trois fois que je te « sauve ». Alors laisse-moi te soigner maintenant, je t'en supplie.

Je le regarde. Ses yeux sont suppliants, comme si ça vie dépendait de ma réponse. Ce baiser a eut un effet très étrange. Sur lui comme sur moi... Mais j'ai un peu moins peur, à présent, je dois l'avouer, bien que je n'ai aucune idée du pourquoi de la chose... C'est comme si on avait implanté les émotions d'un autre sur les parois de mon c½ur, influençant ainsi les miennes. J'ai le réelle impression de ressentir son besoin... Un besoin constant et tenace depuis quelques minutes. Il a vraiment envie de rester avec moi.

Mais... Se peut-il que... Prise d'un doute, je me remémore des paroles étranges qu'avait débité une voyante, alors qu'Antoine et moi étions en vacances dans le Michigan... Elle m'avait étrangement fixé avant de me murmurer :


« Ton Essentiel apparaîtra lorsque tu seras seule. Quand cela arrivera, tu le sentiras au plus profond de ton âme. Le pouvoir que tu caches s'éveillera... Et il te libèrera, mon enfant. »


Cette femme, je me le souviens très bien, tenait un stand où étaient exposés tout un tas de potions à base de plantes, des gris-gris, et elle racontait en début de soirée les histoires de son défunt peuple : les Lok'nas. D'après mes souvenirs, il s'agissait d'un très ancien peuple d'indien guerriers, qui maîtrisaient une magie différente de celle que l'on connaît de nos jours... Plus puissante, plus mystérieuse, elle ne reposait pas sur les mêmes bases. Il y avait une spécialité magique à chacun. On pouvait maîtriser la pierre, l'eau, le vent, la terre, aussi bien qu'on pouvait avoir un pouvoir qui touchait le mental et le psychique, ou encore le physique, en possédant une force imparable, par exemple... L'indienne nous avaient ensuite raconté que son peuple était un peuple de la forêt, ne faisant qu'un avec la nature et les arbres, ne jurant que par leurs épées et leurs arcs. Les peintures sur leurs montures n'étaient pas seulement des décorations... Non, elles racontaient l'histoire personnelle de chacun, de chaque cavalier, de chaque cheval... Et comme les dragons, les prénoms de chacun pouvaient révéler n'importe quel détail sur la vie de son porteur, détail passé, où bien présent, et même encore à venir. Chacun naissait pour un prénom qui lui resterait propre toute sa vie. Il n'y avait pas deux prénoms similaires. Chacun possédait le sien.

Je me souviens que ce que j'ai entendu lors de cette soirée là m'a fait beaucoup réfléchir les nuits qui ont suivi. J'ai eu envie d'y croire. De toutes mes forces, mais j'ai laissé tombé après qu'Antoine m'ait assuré en rigolant que ce n'était que de vieilles légendes indiennes, et que la femme avait sûrement un peu abusé sur l'alcool...

Ha ha... Et si par le plus pur des hasards, c'était vrai ..? Si c'était réellement une prophétie, ou une malédiction, ou bien autre chose encore, je ne sais pas moi ! Qu'est-c'que j'vais faire ? Qu'est-c'que j'vais devenir ?

Gustav est-il condamné à être ce fameux « Essentiel » dont m'avait parlé cette dame que je croyais folle ? Est-ce cela ? Et mon pouvoir caché ? C'est ma pensée ?

Mon Dieu... Je deviens folle.

Mais... Je n'ai tout de même pas pu m'empêcher de tester, pour me certifier que j'ai bel et bien sombré dans la folie profonde... Alors, au cas où il peut réellement entendre les pensées que je lui adresse, je tente, en faisant une croix sur ce qu'il reste de ma fierté et de ma raison :

_ D'accord.

Il a compris. Je l'ai senti au fond de ma poitrine. Il me sourit. Et dans le feu de l'action, mes pensées ont continué sur leur folle lancée...

_ Alors prends soin de moi.

Et là, sa voix résonna dans ma tête, embellie, pareil à un rêve, grave et mélodieuse, soufflée doucement de ses pensées jusqu'au miennes, comme je supposais que la mienne le faisait pour lui.

_ Avec plaisir.

Alors c'est vrai. Nous sommes désormais liés par la pensée... Mais est-ce que ce don survivra à demain ? __>>

Voilà. C'est fait. Il est posté. Qu'en dites-vous ? Je précise que c'chapitre, il est pour ma Mayliss, qui, y faut le dire, m'a fait pression encore et encore, jusqu'à c'que je me décide à le mettre... Alors voilà, sa persévérance fait que cet humble chapitre porte ses couleurs... Et bien entendu, merci à tous ceux qui me suivent encore, et trouvent mes écrits à peu près potables... ><' Allez, j'attends des avis constructifs ! ;) Bisous à tout l'monde, et j'vous donne rendez-vous pour le chapitre VII ! =)
Nanou.

# Posté le dimanche 01 février 2009 06:54

.:. Chapitre VII .:.

.:. Chapitre VII .:.
<<__Alors c'est vrai. Nous sommes désormais liés par la pensée... Mais est-ce que ce don survivra à demain ?


Gustav leva calmement ses yeux vers mon père, qui lui me regardait avec inquiétude. Et toujours aussi posé, il s'adressa à lui :

_ Vous êtes sûr de ne pas vouloir mon aide ?

Mon père semblait réfléchir. J'étais prête à parier qu'il était en train de peser le pour et le contre. Il finit par se décider au bout de quelques minutes.

_ Soit, fit-il, occupez-vous d'elle. J'irai m'occuper de ma femme, et je reviendrai la chercher juste après.
_ Très bien, répondit Gustav, nous allons juste garer le bus un peu plus loin, là où ça ne dérangera pas. On ne sera pas bien loin, donc vous n'aurez qu'à regarder autour de vous.
_ Bien, conclut mon père.

Puis il se tourna vers moi, et essuyant les sillons laissés par mes précédentes larmes, il me murmura tendrement :

_ Je reviendrai dès que possible, ma chérie, je te le promet.

Face à sa tête, on aurait pu croire qu'il faisait ses adieux à femme et enfants avant de partir à la guerre. Ca m'irritait, et j'avais très envie de lui répondre que ce n'était que l'affaire de quelques heures tout au plus, et que je n'étais plus une gamine de six ans effrayée par le moindre bruit. Mais je m'abstins, et lui fit un signe de tête positif. Il me sourit.

_ Tiens, je te donne le chiot, me dit-il en posant la pauvre petite bête terrorisée dans mes bras.

Puis, plus pour Gustav que pour moi, il ajouta :

_ Voyez ce que vous pouvez faire pour lui.

Puis il s'éloigna à grandes enjambées pour enfin rejoindre ma mère inconsciente qui gisait sur le trottoir un peu plus loin.
La voix grave de Gustav me fit redescendre quelques peu sur terre.

_ Tu viens ? me dit-il, Je crois que tu as mal à la cheville...

J'acquiescai. Alors me soutenant toujours de son bras gauche, il amorça un mouvement pour avancer. Mais quand ma cheville blessée frôla le sol, cela me fit mal. Ce n'était pas comme si c'était une atroce souffrance, ou je n'sais quoi encore, mais c'était douloureux. Assez pour qu'un frisson m'échappe, d'ailleurs.
Gustav s'arrêta sur l'instant et me scruta du regard.

_ Ca va ? me demanda-t-il, Je ne t'ai pas demandé si tu pouvais marcher, désolé...

Je levai les yeux au ciel, et inconsciemment, je rentrai en contact avec sa conscience...

_ J'suis pas en sucre... J'crois que je vais survivre.

Il sursauta, et me regarda fixement. Il m'avait encore entendue... Alors, comme si c'était pour se tester, pour tester ce don aussi nouveau qu'inhabituel et insolite, j'entendis résonner dans mon crâne.

_ Dis, est-ce que tu m'entends, là ?


Ironiquement, je pensai :

_ Boaf'... Je sais pas trop... Si ta voix ressemble à celle d'un concombre farci, oui, je t'entends.

Il rit doucement, et continua a nous faire avancer tous les deux, en plus du chiot qui tremblait dans mes bras, et que machinalement, je caressai. Les gens qui s'étaient attroupés après l'accident s'étaient un peu dispersés, voyant qu'il n'y avait rien de bien grave, finalement, ce qui n'était pas spécialement pour me déplaire...

La voix de mon « sauveur » prit de nouveau place dans mon esprit. Je pouvais y percevoir un peu de soulagement, et de la curiosité aussi...

_ Ce... contact est bizarre, annonça-t-il, Je n'avais jamais rien connu de tel.
_ Hum... T'inquiète pas que moi non plus
, tentai-je.
_ Oui, mais même si c'est bizarre, je ne trouve pas ça désagréable... C'est même plutôt agréable, tous compte fait...

Je réfléchis quelques secondes avant de répondre.

_ Oui, peut-être, mais savoir que quelqu'un que je ne connais pas entend mes pensées, je trouve ça assez flippant...

Il semblait plongé dans ses pensées. Peut-être réfléchissait-il à ce que je venais de dire...

_ Ouais, dit-il finalement, Mais qu'est-ce qu'il nous empêche de ne pas apprendre à se connaître, et devenir amis ?

Tout en avançant, il avait posé sur moi un regard amical, additionné d'un demi-sourire. Je le fixai en essayant de sonder son esprit.

_ Après tout, continua-t-il, on s'est déjà embrassés...

Je m'étais arrêtée de marcher, et je le regardai en piquant un fard. A ce moment, j'eus très envie de le frapper. Puis il éclata de rire.

_ Eh ! Tu verrais ta tête ma grande, riait-il, on dirai un poisson qu'on a éjecté hors de l'eau à l'aide d'une prise électrique...

Rouge de honte, et indignée, je répliquai, en colère.

_ Et toi à te marrer comme une grosse baleine... Fais gaffe, tu vas rendre les phoques jaloux, mon gros !

Je jubilai intérieurement, bénissant une répartie que je n'avais pas utilisée depuis très longtemps. Peut-être trop, parce que finalement, ça me faisait du bien...

_ Et puis de toutes façons
, repris-je, pour le baiser, tout est de ta faute.

Cette phrase dite sur un ton boudeur le fit sourire.

_ Oh, tu n'as peut-être pas apprécié mon haleine de phoque, blagua-t-il.

Je gloussai à cette phrase. C'était assez drôle de se disputer avec lui...

_ Non pas trop, plaisantai-je.

Je trouvai cela bien de pouvoir parler librement d'une chose comme ça, car ça aurait pu être bien plus tabou avec quelqu'un d'autre. Or là, j'avais de la chance. On s'entendait plutôt bien, alors peut-être que oui, Gustav pourrait être mon ami...

L'atmosphère détendue qui régnait était assez agréable. On savait que ce qui se passait n'était pas normal, mais on ne se posait pas plus de questions, et puis finalement, c'était mieux ainsi... Mais cette atmosphère était si agréable, que je ne fis pas attention, et ma cheville blessée buta contre un caillou. J'avais beau ne pas avoir atrocement mal, la pierre avait tapé juste sur le point sensible de ma blessure, or je ne pus retenir un gémissement. Mes yeux se fermèrent par réflexe et mon corps se tendit. Gustav s'était arrêté, et son ton devenu sérieux, il m'encouragea à voix haute, cette fois-ci.

_ Allez ma belle, encore quelques mètres et je pourrai enfin te soigner. Alors, courage.

Pour ne pas totalement plomber l'ambiance, je lui souris ironiquement et lui transmis par pensée :

_ Vite, je me sens défaillir... Sauve-mooooi, je me meuuuure...

Il me regarda en souriant, puis nous terminâmes le chemin qu'il nous restait à faire. Arrivés à la marche d'entrée de l'énorme bus, je m'arrêtai et observai encore une fois l'imposant véhicule. Il était impressionnant. Devinant mes pensées, Gustav me chuchota :

_ On s'y fait, ne t'inquiète pas... Et puis une fois que t'es dedans, c'est plutôt confortable. On y va ?

Je comptai les marches. Il y en avait exactement quatre. Je soupirai, et finalement, j'acquiescai.

_ Allez princesse, je te prête mon épaule pour la première, me dit-il ironiquement en imprégnant mes pensées, T'as vu à quel point je suis gentil ?
_ Mais bien évidemment, très cher, lui répondis-je en levant les yeux au ciel, Tu pourrais tenir le chien le temps que je monte les marches, s'il te plaît ?
_ Pas de soucis, me dit-il en tendant son bras libre.

Je lui cédai alors mon chien. J'avais effectivement la ferme intention de le garder. Je ne savais pas pourquoi, mais il avait finit par prendre une place importante en l'espace de quelques minutes. J'estimai que maintenant, ce chien était mien, et vu la façon dont il se cramponnait à moi il n'y a pas deux minutes, je crois qu'il était assez d'accord...

Il récupéra donc le chiot tremblant, et me tendis son épaule.

_ Il y a une rampe sur ta droite, annonça-t-il.
_ Merci, soufflai-je dans son esprit.

Je m'y cramponnai, et à l'aide de ma jambe valide, j'atteignis le sommet des quatre marches assez rapidement. Gustav me rejoignit très vite, lui pouvant se permettre de monter les marches deux à deux.

_ Frimeur, lui lançai-je.

Il ricana, puis il m'invita à avancer dans l'énorme bus. Il s'adressa vaguement au chauffeur et lui demanda d'aller se garer pour ne plus gêner la circulation. Le chauffeur obtempéra et la machine se mit en route. Gustav passa devant moi, et me guida jusqu'à une banquette faite d'un beau tissu rouge, où il me fit asseoir. Puis il me rendit mon chiot, qui couina un instant, puis finit par se taire.

_ Na bouge pas, me fit-il tout haut, je vais chercher la trousse de secours. Je reviens vite.

Je grognai vaguement en me demandant où il voulait bien que j'aille, de toutes façons. Je caressai mon chien et je pris le temps de regarder autour de moi, et d'étudier un peu le lieu qui m'entourait. C'était grand, comme on pouvait s'y attendre, et c'était très moderne. Je constatai la présence de nombreux appareils électroniques. Il y avait deux télévisions encastrées dans deux armoires, ainsi qu'un ordinateur portable posé sur la table en face de moi. Je voyais une porte sur la gauche de la banquette, et je supposai que c'était les toilettes. Enfin, je soulignai aussi la présence d'un escalier, tout au fond du bus. Alors il y avait deux étages... C'était vraiment immense... En laissant balader mon regard encore un peu dans la pièce, je remarquai qu'un objet était calé entre la banquette rouge où je me tenais assise et l'armoire. Curieuse, je me penchai. C'était une guitare sèche. Elle était magnifique ! Et quand mes yeux se posèrent sur le logo de sa marque, j'eus un hoquet de surprise. Sur le haut du manche était marqué en italique « Gibson ».

_ La vache !, murmurai-je pour moi-même, Ils se refusent rien, ici...

Indéniablement attirés, mes doigts s'étaient approchés des cordes. Je voulais absolument la toucher.

_ Rien qu'un petit peu, me promis-je, C'est juste pour ma culture personnelle en tant que musicienne... Encore un petit effort, et...
_ Tu joues ?

Je sursautai si fort que j'en tombai de la banquette. La voix qui m'avait si surprise était grave. C'était donc un homme derrière moi. Je me retournai vivement et dévisageai l'inconnu. Il était grand. Ses cheveux blonds foncés n'étaient faits que de dreadlocks, surplombées par une casquette NY, et ses habits étaient tellement larges qu'on aurait dit qu'il s'était simplement enroulé dans un drap. Un piercing lui barrait la lèvre inférieure, et ses yeux bruns étaient malicieux. Ses longs bras fins étaient croisés sur sa poitrine. Il me regardait l'air amusé par la situation. Et moi qui le fixai bêtement... Il fallait répondre à présent. Je lui fit un signe de tête affirmatif. Il sourit, puis se pencha sur sa guitare qu'il prit en main. Puis il alla s'asseoir en face de moi, sur une autre banquette rouge. Un grand sourire aux lèvres, il me dit :

_ Cool ! Alors j'te propose un deal ! Tu me prêtes ton chien, et moi je te laisse ma guitare pendant ce temps... T'es d'accord ?

Il me regardait les yeux brillants. D'instinct, je resserrai le chiot contre moi. Je ne le connaissais pas, et il voulait que je lui prête mon chien.

_ Rooh, allez ! J'vais pas le manger, j'te jure !, me fit-il avec un clin d'½il.

Je regardai alors alternativement mon chien, puis la guitare, et je me dis finalement qu'un chien valait plus que n'importe quelle guitare de marque, alors je le regardai dans les yeux, et serrai le chiot fort contre mon c½ur, un air de défi dans le regard. Alors il soupira, et abandonna sa guitare à côté de lui pour pouvoir se lever. Il s'approcha de moi, et me tendit sa main.

_ Reste pas couchée par terre, me dit-il, Je sais bien qu'il fait chaud et qu'on est en Espagne, mais quand même...

Je souris légèrement, et attrapa la main qu'il me tendait. Je notai immédiatement qu'elle était rêche, et que ses doigts étaient abîmés, preuve d'une certaine expérience à la guitare. Il me remis très promptement sur pied, et je pus me rasseoir sur la banquette. Il s'assit à mes côtés, et scruta un peu mon visage avec un sourire en coin. Finalement, il me retendit sa main et me dit joyeusement :

_ Moi c'est Tom, mais en général, mes amis m'appellent... Bah... Tom.

Je le regardai, interloquée, puis j'explosai littéralement de rire. Tant et si bien que j'en eus les larmes aux yeux. Il riait avec moi et nous avions mis un certain temps avant de réussir à nous calmer.

_ Et toi ?, continua-t-il plus sérieux.

Embarrassée, je cherchai une issue, quand...

_ Albane, annonça clairement une voix derrière moi, C'est son prénom.

Je me retournai, et trouvai Gustav. Je lui fit mon plus grand sourire, made in Colgate, s'il vous plaît... Il me le rendit, un peu moins flagrant toute fois.

_ Merci !, explosai-je dans son esprit.
_ De rien, princesse, répondit-il silencieusement.

Je souris, et lui me fit un clin d'½il.

_ Hé ! J'vous dérange peut-être ? Nan mais si jamais c'est l'cas, vous me l'dites, hein..., râlait Tom derrière nous.

Gustav le regarda contrit.

_ Humpf... Désolé Tommy, je t'avais un peu oublié..., lui dit-il.
_ Mouais, j'avais remarqué..., marmonna dans sa barbe le dit-Tommy.

Je gloussai doucement, quand Gustav se reprit.

_ Bon, il me semble que la demoiselle a encore une cheville à soigner... Tu me la montres, s'il te plaît ?, me demanda-t-il.
_ Oui, deux secondes, je me mets en place, répondis-je en pensées.
_ Bien... Hum... Tom ? Ca te dérangerait de récupérer le chien quelques minutes ? C'est juste le temps que je la soigne, reprit-il à l'attention du guitariste.

Tom me lança un regard de vainqueur, tandis que je lui lançai un regard noir, et répondit joyeusement à Gustav :

_ No problem, mon pote... Allez, envoie l'paquet, miss..., me lança-t-il victorieux.

De mauvaise grâce, je lui tendis l'animal, qui s'était entre-temps calmé. Je le regardai furieusement quand il se pencha à mon oreille et me murmura :

_ T'inquiète, j'suis pas un gros salaud, alors j'te prêterai quand même ma gratte... Alors, heureuse ?
_ Oh oui ! Très heureuse !, lançai-je amer dans me tête, ce qui fit rire Gustav.

N'empêche que s'il ne tenait pas sa promesse, il se souviendrait de moi et de mon chiot pendant longtemps, croyez-moi...

_ Allez, on y va..., lança Gustav, Si jamais t'as mal, t'hésites pas, et tu me fais signe. Ok ?
_ Ouais, je verrai..., répondis-je mentalement en souriant, Essaye juste de pas trop m'abîmer, Monsieur le secouriste, parce que mine de rien, je tiens à ma jambe...

Il rit, puis commença à défaire la trousse de secours. __>>




Voilà, un nouveau chapitre. Ca va ? C'était pas trop mal ? Bref', je reste fidèle à moi même en étant très irrégulière sur les MAJ, mais bon, là mon chapitre est assez long... Alors je compte sur votre indulgence ! ;P Bref', n'hésitez jamais à donner votre avis ! =) B'sous.

PS : Juste pour ceux qui n'ont pas compris, je mets les paroles échangées en pensée en gras & italique, et celles qui sont normales sont seulement en gras. Voilà. =J
Nanou.


Edit du 29 octobre 2oo9 : Je suis désolée, je ne me suis pas encore penchée sur la suite. Je m'excuse au près des rares personnes qui ont malgré tout encore envie de lire... Mais je les rassure (ou pas) en leur disant que je n'arrête pas. =) Merci de votre patience. Nanou.

# Posté le vendredi 19 juin 2009 18:31

Modifié le jeudi 29 octobre 2009 11:49