<<__Alors c'est vrai. Nous sommes désormais liés par la pensée... Mais est-ce que ce don survivra à demain ?
Gustav leva calmement ses yeux vers mon père, qui lui me regardait avec inquiétude. Et toujours aussi posé, il s'adressa à lui :
_ Vous êtes sûr de ne pas vouloir mon aide ?
Mon père semblait réfléchir. J'étais prête à parier qu'il était en train de peser le pour et le contre. Il finit par se décider au bout de quelques minutes.
_ Soit, fit-il, occupez-vous d'elle. J'irai m'occuper de ma femme, et je reviendrai la chercher juste après.
_ Très bien, répondit Gustav, nous allons juste garer le bus un peu plus loin, là où ça ne dérangera pas. On ne sera pas bien loin, donc vous n'aurez qu'à regarder autour de vous.
_ Bien, conclut mon père.
Puis il se tourna vers moi, et essuyant les sillons laissés par mes précédentes larmes, il me murmura tendrement :
_ Je reviendrai dès que possible, ma chérie, je te le promet.
Face à sa tête, on aurait pu croire qu'il faisait ses adieux à femme et enfants avant de partir à la guerre. Ca m'irritait, et j'avais très envie de lui répondre que ce n'était que l'affaire de quelques heures tout au plus, et que je n'étais plus une gamine de six ans effrayée par le moindre bruit. Mais je m'abstins, et lui fit un signe de tête positif. Il me sourit.
_ Tiens, je te donne le chiot, me dit-il en posant la pauvre petite bête terrorisée dans mes bras.
Puis, plus pour Gustav que pour moi, il ajouta :
_ Voyez ce que vous pouvez faire pour lui.
Puis il s'éloigna à grandes enjambées pour enfin rejoindre ma mère inconsciente qui gisait sur le trottoir un peu plus loin.
La voix grave de Gustav me fit redescendre quelques peu sur terre.
_ Tu viens ? me dit-il, Je crois que tu as mal à la cheville...
J'acquiescai. Alors me soutenant toujours de son bras gauche, il amorça un mouvement pour avancer. Mais quand ma cheville blessée frôla le sol, cela me fit mal. Ce n'était pas comme si c'était une atroce souffrance, ou je n'sais quoi encore, mais c'était douloureux. Assez pour qu'un frisson m'échappe, d'ailleurs.
Gustav s'arrêta sur l'instant et me scruta du regard.
_ Ca va ? me demanda-t-il, Je ne t'ai pas demandé si tu pouvais marcher, désolé...
Je levai les yeux au ciel, et inconsciemment, je rentrai en contact avec sa conscience...
_ J'suis pas en sucre... J'crois que je vais survivre.
Il sursauta, et me regarda fixement. Il m'avait encore entendue... Alors, comme si c'était pour se tester, pour tester ce don aussi nouveau qu'inhabituel et insolite, j'entendis résonner dans mon crâne.
_ Dis, est-ce que tu m'entends, là ?
Ironiquement, je pensai :
_ Boaf'... Je sais pas trop... Si ta voix ressemble à celle d'un concombre farci, oui, je t'entends.
Il rit doucement, et continua a nous faire avancer tous les deux, en plus du chiot qui tremblait dans mes bras, et que machinalement, je caressai. Les gens qui s'étaient attroupés après l'accident s'étaient un peu dispersés, voyant qu'il n'y avait rien de bien grave, finalement, ce qui n'était pas spécialement pour me déplaire...
La voix de mon « sauveur » prit de nouveau place dans mon esprit. Je pouvais y percevoir un peu de soulagement, et de la curiosité aussi...
_ Ce... contact est bizarre, annonça-t-il, Je n'avais jamais rien connu de tel.
_ Hum... T'inquiète pas que moi non plus, tentai-je.
_ Oui, mais même si c'est bizarre, je ne trouve pas ça désagréable... C'est même plutôt agréable, tous compte fait...
Je réfléchis quelques secondes avant de répondre.
_ Oui, peut-être, mais savoir que quelqu'un que je ne connais pas entend mes pensées, je trouve ça assez flippant...
Il semblait plongé dans ses pensées. Peut-être réfléchissait-il à ce que je venais de dire...
_ Ouais, dit-il finalement, Mais qu'est-ce qu'il nous empêche de ne pas apprendre à se connaître, et devenir amis ?
Tout en avançant, il avait posé sur moi un regard amical, additionné d'un demi-sourire. Je le fixai en essayant de sonder son esprit.
_ Après tout, continua-t-il, on s'est déjà embrassés...
Je m'étais arrêtée de marcher, et je le regardai en piquant un fard. A ce moment, j'eus très envie de le frapper. Puis il éclata de rire.
_ Eh ! Tu verrais ta tête ma grande, riait-il, on dirai un poisson qu'on a éjecté hors de l'eau à l'aide d'une prise électrique...
Rouge de honte, et indignée, je répliquai, en colère.
_ Et toi à te marrer comme une grosse baleine... Fais gaffe, tu vas rendre les phoques jaloux, mon gros !
Je jubilai intérieurement, bénissant une répartie que je n'avais pas utilisée depuis très longtemps. Peut-être trop, parce que finalement, ça me faisait du bien...
_ Et puis de toutes façons, repris-je, pour le baiser, tout est de ta faute.
Cette phrase dite sur un ton boudeur le fit sourire.
_ Oh, tu n'as peut-être pas apprécié mon haleine de phoque, blagua-t-il.
Je gloussai à cette phrase. C'était assez drôle de se disputer avec lui...
_ Non pas trop, plaisantai-je.
Je trouvai cela bien de pouvoir parler librement d'une chose comme ça, car ça aurait pu être bien plus tabou avec quelqu'un d'autre. Or là, j'avais de la chance. On s'entendait plutôt bien, alors peut-être que oui, Gustav pourrait être mon ami...
L'atmosphère détendue qui régnait était assez agréable. On savait que ce qui se passait n'était pas normal, mais on ne se posait pas plus de questions, et puis finalement, c'était mieux ainsi... Mais cette atmosphère était si agréable, que je ne fis pas attention, et ma cheville blessée buta contre un caillou. J'avais beau ne pas avoir atrocement mal, la pierre avait tapé juste sur le point sensible de ma blessure, or je ne pus retenir un gémissement. Mes yeux se fermèrent par réflexe et mon corps se tendit. Gustav s'était arrêté, et son ton devenu sérieux, il m'encouragea à voix haute, cette fois-ci.
_ Allez ma belle, encore quelques mètres et je pourrai enfin te soigner. Alors, courage.
Pour ne pas totalement plomber l'ambiance, je lui souris ironiquement et lui transmis par pensée :
_ Vite, je me sens défaillir... Sauve-mooooi, je me meuuuure...
Il me regarda en souriant, puis nous terminâmes le chemin qu'il nous restait à faire. Arrivés à la marche d'entrée de l'énorme bus, je m'arrêtai et observai encore une fois l'imposant véhicule. Il était impressionnant. Devinant mes pensées, Gustav me chuchota :
_ On s'y fait, ne t'inquiète pas... Et puis une fois que t'es dedans, c'est plutôt confortable. On y va ?
Je comptai les marches. Il y en avait exactement quatre. Je soupirai, et finalement, j'acquiescai.
_ Allez princesse, je te prête mon épaule pour la première, me dit-il ironiquement en imprégnant mes pensées, T'as vu à quel point je suis gentil ?
_ Mais bien évidemment, très cher, lui répondis-je en levant les yeux au ciel, Tu pourrais tenir le chien le temps que je monte les marches, s'il te plaît ?
_ Pas de soucis, me dit-il en tendant son bras libre.
Je lui cédai alors mon chien. J'avais effectivement la ferme intention de le garder. Je ne savais pas pourquoi, mais il avait finit par prendre une place importante en l'espace de quelques minutes. J'estimai que maintenant, ce chien était mien, et vu la façon dont il se cramponnait à moi il n'y a pas deux minutes, je crois qu'il était assez d'accord...
Il récupéra donc le chiot tremblant, et me tendis son épaule.
_ Il y a une rampe sur ta droite, annonça-t-il.
_ Merci, soufflai-je dans son esprit.
Je m'y cramponnai, et à l'aide de ma jambe valide, j'atteignis le sommet des quatre marches assez rapidement. Gustav me rejoignit très vite, lui pouvant se permettre de monter les marches deux à deux.
_ Frimeur, lui lançai-je.
Il ricana, puis il m'invita à avancer dans l'énorme bus. Il s'adressa vaguement au chauffeur et lui demanda d'aller se garer pour ne plus gêner la circulation. Le chauffeur obtempéra et la machine se mit en route. Gustav passa devant moi, et me guida jusqu'à une banquette faite d'un beau tissu rouge, où il me fit asseoir. Puis il me rendit mon chiot, qui couina un instant, puis finit par se taire.
_ Na bouge pas, me fit-il tout haut, je vais chercher la trousse de secours. Je reviens vite.
Je grognai vaguement en me demandant où il voulait bien que j'aille, de toutes façons. Je caressai mon chien et je pris le temps de regarder autour de moi, et d'étudier un peu le lieu qui m'entourait. C'était grand, comme on pouvait s'y attendre, et c'était très moderne. Je constatai la présence de nombreux appareils électroniques. Il y avait deux télévisions encastrées dans deux armoires, ainsi qu'un ordinateur portable posé sur la table en face de moi. Je voyais une porte sur la gauche de la banquette, et je supposai que c'était les toilettes. Enfin, je soulignai aussi la présence d'un escalier, tout au fond du bus. Alors il y avait deux étages... C'était vraiment immense... En laissant balader mon regard encore un peu dans la pièce, je remarquai qu'un objet était calé entre la banquette rouge où je me tenais assise et l'armoire. Curieuse, je me penchai. C'était une guitare sèche. Elle était magnifique ! Et quand mes yeux se posèrent sur le logo de sa marque, j'eus un hoquet de surprise. Sur le haut du manche était marqué en italique « Gibson ».
_ La vache !, murmurai-je pour moi-même, Ils se refusent rien, ici...
Indéniablement attirés, mes doigts s'étaient approchés des cordes. Je voulais absolument la toucher.
_ Rien qu'un petit peu, me promis-je, C'est juste pour ma culture personnelle en tant que musicienne... Encore un petit effort, et...
_ Tu joues ?
Je sursautai si fort que j'en tombai de la banquette. La voix qui m'avait si surprise était grave. C'était donc un homme derrière moi. Je me retournai vivement et dévisageai l'inconnu. Il était grand. Ses cheveux blonds foncés n'étaient faits que de dreadlocks, surplombées par une casquette NY, et ses habits étaient tellement larges qu'on aurait dit qu'il s'était simplement enroulé dans un drap. Un piercing lui barrait la lèvre inférieure, et ses yeux bruns étaient malicieux. Ses longs bras fins étaient croisés sur sa poitrine. Il me regardait l'air amusé par la situation. Et moi qui le fixai bêtement... Il fallait répondre à présent. Je lui fit un signe de tête affirmatif. Il sourit, puis se pencha sur sa guitare qu'il prit en main. Puis il alla s'asseoir en face de moi, sur une autre banquette rouge. Un grand sourire aux lèvres, il me dit :
_ Cool ! Alors j'te propose un deal ! Tu me prêtes ton chien, et moi je te laisse ma guitare pendant ce temps... T'es d'accord ?
Il me regardait les yeux brillants. D'instinct, je resserrai le chiot contre moi. Je ne le connaissais pas, et il voulait que je lui prête mon chien.
_ Rooh, allez ! J'vais pas le manger, j'te jure !, me fit-il avec un clin d'½il.
Je regardai alors alternativement mon chien, puis la guitare, et je me dis finalement qu'un chien valait plus que n'importe quelle guitare de marque, alors je le regardai dans les yeux, et serrai le chiot fort contre mon c½ur, un air de défi dans le regard. Alors il soupira, et abandonna sa guitare à côté de lui pour pouvoir se lever. Il s'approcha de moi, et me tendit sa main.
_ Reste pas couchée par terre, me dit-il, Je sais bien qu'il fait chaud et qu'on est en Espagne, mais quand même...
Je souris légèrement, et attrapa la main qu'il me tendait. Je notai immédiatement qu'elle était rêche, et que ses doigts étaient abîmés, preuve d'une certaine expérience à la guitare. Il me remis très promptement sur pied, et je pus me rasseoir sur la banquette. Il s'assit à mes côtés, et scruta un peu mon visage avec un sourire en coin. Finalement, il me retendit sa main et me dit joyeusement :
_ Moi c'est Tom, mais en général, mes amis m'appellent... Bah... Tom.
Je le regardai, interloquée, puis j'explosai littéralement de rire. Tant et si bien que j'en eus les larmes aux yeux. Il riait avec moi et nous avions mis un certain temps avant de réussir à nous calmer.
_ Et toi ?, continua-t-il plus sérieux.
Embarrassée, je cherchai une issue, quand...
_ Albane, annonça clairement une voix derrière moi, C'est son prénom.
Je me retournai, et trouvai Gustav. Je lui fit mon plus grand sourire, made in Colgate, s'il vous plaît... Il me le rendit, un peu moins flagrant toute fois.
_ Merci !, explosai-je dans son esprit.
_ De rien, princesse, répondit-il silencieusement.
Je souris, et lui me fit un clin d'½il.
_ Hé ! J'vous dérange peut-être ? Nan mais si jamais c'est l'cas, vous me l'dites, hein..., râlait Tom derrière nous.
Gustav le regarda contrit.
_ Humpf... Désolé Tommy, je t'avais un peu oublié..., lui dit-il.
_ Mouais, j'avais remarqué..., marmonna dans sa barbe le dit-Tommy.
Je gloussai doucement, quand Gustav se reprit.
_ Bon, il me semble que la demoiselle a encore une cheville à soigner... Tu me la montres, s'il te plaît ?, me demanda-t-il.
_ Oui, deux secondes, je me mets en place, répondis-je en pensées.
_ Bien... Hum... Tom ? Ca te dérangerait de récupérer le chien quelques minutes ? C'est juste le temps que je la soigne, reprit-il à l'attention du guitariste.
Tom me lança un regard de vainqueur, tandis que je lui lançai un regard noir, et répondit joyeusement à Gustav :
_ No problem, mon pote... Allez, envoie l'paquet, miss..., me lança-t-il victorieux.
De mauvaise grâce, je lui tendis l'animal, qui s'était entre-temps calmé. Je le regardai furieusement quand il se pencha à mon oreille et me murmura :
_ T'inquiète, j'suis pas un gros salaud, alors j'te prêterai quand même ma gratte... Alors, heureuse ?
_ Oh oui ! Très heureuse !, lançai-je amer dans me tête, ce qui fit rire Gustav.
N'empêche que s'il ne tenait pas sa promesse, il se souviendrait de moi et de mon chiot pendant longtemps, croyez-moi...
_ Allez, on y va..., lança Gustav, Si jamais t'as mal, t'hésites pas, et tu me fais signe. Ok ?
_ Ouais, je verrai..., répondis-je mentalement en souriant, Essaye juste de pas trop m'abîmer, Monsieur le secouriste, parce que mine de rien, je tiens à ma jambe...
Il rit, puis commença à défaire la trousse de secours. __>>
Voilà, un nouveau chapitre. Ca va ? C'était pas trop mal ? Bref', je reste fidèle à moi même en étant très irrégulière sur les MAJ, mais bon, là mon chapitre est assez long... Alors je compte sur votre indulgence ! ;P Bref', n'hésitez jamais à donner votre avis ! =) B'sous.
PS : Juste pour ceux qui n'ont pas compris, je mets les paroles échangées en pensée en gras & italique, et celles qui sont normales sont seulement en gras. Voilà. =J
Nanou.
Edit du 29 octobre 2oo9 : Je suis désolée, je ne me suis pas encore penchée sur la suite. Je m'excuse au près des rares personnes qui ont malgré tout encore envie de lire... Mais je les rassure (ou pas) en leur disant que je n'arrête pas. =) Merci de votre patience. Nanou.